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Publié par Isabelle Kévorkian

Succes Story : Les Tapis et Tissus de Cogolin. Une main-d’œuvre arménienne. Pige dans AZAD magazine, trimestriel arménien d'information, n°145

Cet article retrace une histoire méconnue, celle de la Manufacture de tapis et tissus de Cogolin, dans le Var, créée en 1927 grâce à une main-d’œuvre arménienne.

En retrait de la presqu’île de Saint‐Tropez, dans un rayon d’une dizaine de kilomètres, se trouvent les villages perchés de Grimaud, Gassin, Ramatuelle, La Garde-Freinet et Cogolin. Rappelons que Saint‐Tropez doit son nom au glorieux capitaine Torpes, grand officier de la cour de Néron – qui le fera décapiter en l’an 68, parce que converti au christianisme. Le corps sans tête de Torpes fut placé dans une barque – avec pour compagnons un coq et un chien – qui, après avoir quitté l’Arno vint s’échouer sur les rives de la presqu’île où des mains pieuses recueillirent ce corps décapité. Torpes, martyr, devint Tropez et reste la sainte figure légendaire de ce village. Pendant que le chien se réfugiait sur les terres du village qui prendra le nom de Grimaud – chien en vieux français –, le coq fut retrouvé dans un champ de lins au milieu d’habitations. C’est ainsi qu’il donna le nom au village : Cogolin (coq au lin). Cogolin sera, durant des années, le domaine d’un artisanat local produisant des roseaux (pour anches d’instruments à vent), de pipes de bruyère, des bouchons et autres objets en liège, et des tapis faits main.

Création de la manufacture

Du milieu du XIXe jusqu’au milieu du XXe, l’implantation de mûriers donnera naissance à l’élevage des vers à soie, qui sera la principale industrie du pays de Cogolin durant une centaine d’années, mais qui, compte tenu du cycle des opérations de la sériciculture, laissait les femmes de l’établissement sans occupation durant plusieurs mois. L’idée fut alors d’employer ces ouvrières à la fabrication des tapis d’Orient, en les accouplant à des Arméniens rescapés du génocide, chassés de l’Empire Ottoman dans les années 1920, et venus s’établir en France avec le statut de réfugiés. C’est Jean Lauer qui, perfectionnant l’outil industriel avec les mécanismes Jacquard, prit en charge la manufacture de Cogolin vers 1927 avec pour objectif la fabrication des mêmes tapis de la Savonnerie de son usine d’Aubusson.

Sur la photo, les hommes Stépan Kévorkian (à gauche) et Vahan Gazerian (à droite) assurent la mise en œuvre des métiers et leurs configurations au fur et à mesure de l’avancement dans la fabrication des tapis. Les ouvrières, à partir d’un dessin colorié à l’échelle 1 qui leur sert de modèle, réalisent cette progression par ʺpoint nouéʺ des différents fils de laine sur la trame. Les pelotes de laine sur le haut du métier, suite à des bains de teinture, sont aux couleurs du dessin. On aperçoit sur le banc, à côté des ouvrières, différents outils : le peigne utilisé pour aplanir la ligne des points noués, la paire de ciseaux pour égaliser la longueur de ces points.

La main-dʹoeuvre arménienne est à lʹorigine de la célébrité de Cogolin et de sa manufacture de tapis et tissus. Une femme perpétue cette renommée depuis quarante-cinq ans : Tacouhi Kévorkian, alors âgée de 63 ans, devant son métier

Près de 90 ans plus tard

L’entreprise a dû faire face à une concurrence venue des pays d’Orient et de Chine (les disparités des coûts de la main-d’œuvre en étant déjà la cause). Cependant, aujourd’hui, sous la houlette du Chinois propriétaire Tai Pings Carpets, un directeur artistique du nom de Jean‐Pierre Tortil se préoccupe de préserver le savoir‐faire des années du début en poursuivant la formidable épopée initiée par Jean Lauer.

Un show‐room parisien, inauguré voici deux ans, rue du Bac propose de nouvelles collections alliant tradition et nouvelles techniques de pointe. Un site internet permet de voir les réalisations et tout le savoir-faire. Car un tapis de Cogolin est une pièce unique, réalisée par des artisans au savoir-faire exceptionnel, qui perdurent le magnifique travail réalisé par ces Arméniens rescapés du génocide. ■

Georges Kévorkian, président de Menez Ararat

Georges Kévorkian est l’auteur du dernier ouvrage paru chez L’Harmattan en janvier 2014 : La France chassée de l’Empire ottoman – 1918/1923 – Une guerre oubliée

Sources :

Ouvrage Saint‐Tropez, le mal connu, par Julliard éditeur

Illustrations : collection personnelle de l’auteur.

www.azadmagazine.com

www.menezararat.fr

www.;manufacturecogolin.com

www.manufacture-tapis-cogolin.fr

www.taipingcarpets.com

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