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Publié par Isabelle Kévorkian

Ciné : L’homme qu’on aimait trop

Drame (1h56) de André Techiné, avec Catherine Deneuve, Adèle Haenel, Guillaume Canet

Comme si André Téchiné avait abdiqué. Un film qui laisse un parfum d’amertume, un je ne sais quoi d’inachevé. A la fois il magnifie la splendeur de la Côte d’Azur, du Palais de la Méditerranée à Nice, et de sa glorieuse propriétaire, Renée le Roux, une Catherine Deneuve décidément merveilleuse et resplendissante. En platine Marylin, dans ses tenues soyeuses, elle irradie, plus iconique que jamais en cette année 1976. Il y a ce jeune avocat, Maurice Agnelet, pétri d'ambition et d'aigreur, un être trouble, à travers un jeu d’acteur de grande qualité, tantôt doux tantôt loup, persécutant et persécuté. Guillaume Canet au faîte sa maîtrise, n’a rien d’un agneau. Agnès Le Roux et sa mère vont le découvrir à leurs dépens. Jusqu’à la disparition toujours non élucidée de cette fille, Agnès. Jusqu’à la déchéance de cette mère, Renée. La fille trahit la mère et entraîne la chute de leur empire du jeu et cependant, l’instinct de mère va dicter a conduite de Renée Le Roux : elle va survivre, ruinée, dans l’unique but d’offrir (sépulture ?) et vérité à sa fille. Elle va y consacrer le reste de sa vie. On est loin de « La Vérité » de Clouzot, et il est regrettable que pareille tension ne nous prenne pas aux tripes. Agnès Le Roux, interprétée formidablement par Adèle Haenel ne convainc pas, en dépit d’une performance admirable. Comme si André Téchiné n’avait pas cerné ce personnage-là, énigmatique s’il en est, dont la disparition demeure aussi mystérieuse que sa personnalité. Comme si Adèle s’amusait à défier la caméra, avec son regard céruléen, frisant la démence. Comme si toutes ses larmes versées constituaient un filtre opaque pour le réalisateur. Comme s’il n’était pas encore temps de tout révéler. Comme si Agnès Le Roux se permettait un caprice supplémentaire. Un film réalisé trop tôt ? Au moment de la sortie les derniers rebondissements de l’affaire –fait divers qui a débuté il y a bientôt 40 ans, n’avaient pas encore été révélés dans la presse. La fin du film est exagérée et les personnages vieillis ne sont pas crédibles. Guillaume Canet ridé dont les mains demeurent celles d’un jeune homme fringuant ne passe pas. Pourtant il réussit avec une égale prouesse à semer le doute : Agnelet acteur de la disparition d’Agnès Le Roux, menteur patenté, ou innocent ?

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