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Publié par Isabelle Kévorkian

Ciné : Bird People

Drame (2h07) de Pascale Ferran avec John Charles, Anaïs Demoustier, Roshdy Zem

Un moineau scelle le destin de Gary et d’Audrey, animal sans lequel jamais ces deux êtres que tout oppose ne se seraient adressé la parole. Audrey –Anaïs Demoustier dont le visage n’est pas plus gros et tout aussi mobile que celui d’un oiseau, observant à la dérobée, n’en perdant pas une miette, est femme de ménage au Hilton Roissy Charles-de-Gaulle. Invisible pour la plupart de l’humanité qui fait escale dans cet hôtel entre deux vols longs courriers. Elle semble se fondre dans la foule. Dès la première séquence du film, le ton oppressant est jeté en pâture. L’urbanité, l’anonymat au cœur du bruit citadin, se révèlent brutaux. Le réceptionniste de l’hôtel, incarné par Roschy Zem, est tout autant ignoré parmi la horde volatile internationale. Sa situation précaire n’est pas soupçonnable lorsqu’il enfile son habit de concierge étoilé, une allure fière, une présence infaillible et des paroles réconfortantes pour les clients, comme Gary. Gary, enfin, interprété par John Charles. Homme d’affaires, il transite au Hilton. L’un des seuls êtres humains à croiser le regard de ce portier et de la femme qui nettoie sa chambre. Il arrive des Etats-Unis pour une réunion et repart le lendemain. Direction Dubaï. Mais sa nuit de transit l’accable, et il ne prendra jamais cet avion pour les Emirats arabes unis. Saisi d’une violente crise d’angoisse, il opte pour une décision qui va révolutionner le reste de sa vie d’entrepreneur, de père, de mari, sur ce continent où il n'a aucune attache.

On connait tous ce moment dans nos existences. C’est fragile, ça peut imploser, exploser. Tout peut basculer. Changer de vie devient impérieux, il suffit de quelques heures pour évaluer les conséquences d’un acte qui s’impose, en dépit du cataclysme qu’il va provoquer. Qui signe pourtant notre salut. La crise d’angoisse n’est que l’une des manifestations, après une longue rumination silencieuse, qui a parfois duré des années. Gary n’hésite pas : il écoute ce symptôme. Il prend son élan, comme ce petit moineau va s’emparer d’Audrey. Entre onirisme et réalité crue, au-dessus de pistes d’aéroport illuminées la nuit comme un feu d’artifice, plus personne ne répond à la tour d’appel dans ce film singulier. Déconcertant dans la manière de décomposer avec autant de vérité mouvements et pensées, le vol d’un oiseau mis en parallèle avec les turpitudes d’un esprit. Ground control to Major Tom. Le compte à rebours est lancé : seven, six, five, four, three, two, one … Lift off.

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