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Publié par Isabelle Kévorkian

"LE LIVRE SECRET" de GREGORY SAMAK, chez Versilio/Flammarion

Les éditions Versilio co-éditent des auteurs, sur la base de 3 critères : un potentiel numérique, international et cinématographique. Elles assurent une réelle promotion de leurs auteurs, notamment par le biais du numérique (30% de leur budget).

Cette semaine, Grégory Samak était à l’honneur co-édité par Versilio et Flammarion. Dirigeant dans l’audiovisuel français, il publie son premier roman « Le livre secret ». Dix ans auront été nécessaires à cet aboutissement. L’idée germe le 21 avril 2002, avant une auto-édition qui cartonne sur Amazon. Fort de ce succès, les éditions Versilio, en veille, contactent Grégory Samak. L’ouvrage est retravaillé. « Le livre secret » à peine publié, les droits sont achetés dans 12 pays, et des rumeurs d’adaptation ciné circulent.

La patience : une vertu révolutionnaire, qui porte ses fruits.

L’histoire ? Elias Ein se retire en Autriche où il découvre le Livre de la Vie. Ce livre recèle des pouvoirs magiques qui vont lui permettre de remonter l’Histoire. Depuis le passé, saura-t-il influer sur les faits et réécrire un monde meilleur et fraternel ?

Utopie que cette uchronie ?

« Elias en avait l’intime conviction : les Textes ne disaient-ils pas que l’Homme est le seul être capable de modifier les plans de la Providence ? C’était d’ailleurs la fonction de la prière... ». Dans le même temps « Tout est écrit, se dit Elias. Mais est-il possible que le Texte soit modifié après coup, qu’il s’adapte à la part de liberté que Dieu est censé avoir donnée à l’homme au moment de la Création ? »

L’auteur est spirituel et a lu la Bible. Je vous mets au défi de trouver le passage qui l’a inspiré, mais ne doutons pas qu’il s’agisse de la Genèse –l’histoire de l’humanité, et en particulier de la partie consacrée à la corruption généralisée de cette humanité et le plan divin de destruction du monde. Comme tout premier roman, celui-ci n’est pas exempt d’une part d’intime, d’histoire personnelle et de nombreuses influences (Zweig, Kafka, Buzzati, L’Ecole de Vienne 1900, Brett Easton Ellis : ce n’est pas incompatible). Gregory Samak a élaboré un cadre de départ et précise s’être « laissé guidé par ses personnages qui ont pris le pouvoir ». Il écrit de manière « pulsionnelle », pour « faire du bien aux gens et les aider à se poser des questions, car certaines méritent de l’être, sans vouloir chercher à tout prix la réponse ». Lui-même s’avoue « en quête de sens ». En l’occurrence son roman, à la mécanique diabolique, pose la question du libre arbitre et du destin : si nous avions le pouvoir de changer le cours de l’Histoire ? Gregory Samak est nourri de références. spirituelles, kabbalistiques, franc-maçonnes ? Symboliques sans aucun doute, qui donnent à cette histoire des allures de conte. Fable allégorique, qui allie réalité et merveilleux. La Providence est la pierre angulaire.

Son style est précis, net comme on tranche un doigt d’un coup de couteau en acier. Les personnages s’installent et les étrangetés de départ (un vieil homme, veuf et sans famille ni distractions, se retire dans un village méconnu et éloigné, au milieu de montagnes Viennoises, et acquiert une demeure de six pièces) prennent bientôt sens.

Quelques longueurs sur la fin, et certains mots employés qui sonnent comme une provocation : « Hitler avait été la condition nécessaire à la naissance du nazisme », ou « Mais Elias était persuadé que le processus d’industrialisation du génocide orchestré par le Parti nazi n’avait été humainement possible que sous l’impulsion de sa personnalité fanatique ».

On ne peut s’empêcher de penser qu’il y a cent ans, un certain Talaat Pacha programmait l’extermination du peuple Arménien, constituant un génocide, quand bien même il demeure nié.

Grégory Samak se réfugie derrière son personnage Elias Ein, qui « n’est pas un Sage. Il cherche à faire parler Dieu. Or, personne ne peut prétendre faire le bien au nom de Dieu ».

Ce roman nous happe au cœur d’une spirale infernale, sans possibilité de renoncement.

Grégory Samak écrit aussi pour effacer ses peurs d’enfance et donner des repères, une mythologie aux enfants. Lorsque l’on découvre que son fils se prénomme Louis-Elias, l’on comprend ce qui l’anime : la transmission, le respect dû aux enfants.

Dans ce roman, il y a aussi une chambre bleue, décidément inspirantes… Il y a aussi une bande-son en filigrane. Romantique et moderne à la fois, Rachmaninov sous-tend le récit et les pensées d’Elias Ein. Rachmaninov aurait possédé le Livre de la Vie, en aurait-il usé pour revoir sa fille, comme Elias Ein garde le « secret espoir de retrouver la mémoire de sa sœur disparue, le fol espoir en somme de trouver un sens à ce qui n’en a pas ? » ?

Un roman qui sonne comme une forme de résistance, d’opposition au mal et à l’industrialisation de la mort.

Grégory Samak, « Le livre secret », éditions Versilio/Flammarion, 17 euros, 221 pages

Versilio publie aussi des polars, dont le succès numérique est tout aussi tangible qu’en version papier. Récemment « Il n’est jamais trop tard » de Chris Costantini, qui avait déjà reçu le prix du premier roman du Festival de Beaune, et « Echanges » de Danielle Thiéry, commissaire divisionnaire, qui avait notamment reçu le prix Quai des Orfèvres en 2013. Ses livres sont attendus en poche ce mois-ci.

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