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Publié par Isabelle Kévorkian

CINE : Comédies Françaises

Le printemps ? Les beaux jours ? La morosité ambiante ? Un ensemble qui fait que l’on veut se marrer ! Rire ! Aux Eclats !

Deux films pour celles et ceux qui se sentent l’âme légère et joyeuse :

Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?

Comédie (1h37) de Philippe de Chauveron, avec Christian Clavier, Chantal Lauby, leurs filles et leurs gendres

Non pas parce qu’il a été tourné à Rueil-Malmaison, "ma ville", dont vous découvrirez au passage la douceur de vivre… Quoique cela constitue une raison presque suffisante. Mais parce qu’il se joue des tabous, de la politique, de la religion avec in-te-lli-gence. Une famille catho, aristo, provinço ? ça part mal. Ces parents-là ont quatre filles, comme le Docteur March, et autant de soucis, revus à l’aune des préoccupations de notre époque. L’aînée épouse un arabe –brillant avocat à la diction parfaite, la suivante un juif qui ne pense qu’à manger et à déconner, qui fourmille d’idées improbables et délirantes, la troisième, peintre dépressive, se marie avec un chinois, banquier aux dents et aux tenues impeccables. La cadette enfin, jolie poupée blonde et parfaite comme Barbie, leur présente un catholique : un noir intermittent du spectacle dont la famille va s’avérer plus redoutable que la pire des tribus, régie par un code de morale, d’honneur, de valeurs rigide.

Drôle, subtil, bienveillant : un miroir de nos petites mesquineries, de notre bien-pensance, de propos et d’attitudes nauséabondes qui alimentent notre société, et la dégradent chaque jour davantage. Ça donne envie de manger des têtes de nègres, mais cela n’existe plus. Shame on us !

Sous les Jupes des Filles

Comédie (1h56) d’Audrey Dana, avec Audrey Dana, Audrey Fleurot, Isabelle Adjani, Laetitia Casta, Sylvie Testud, Alice Taglioni, Géraldine Nakache, Alice Belaïdi, Vanessa Paradis, Julie Ferrier, Marina Hands

Eh bien oui, Isabelle Adjani a raison de privilégier les films dans lesquels il est question de jupes. De femmes. Que ce soit au service du drame ou de la comédie.

Audrey Dana réalise un film qui manquait, pour parler de femmes d’aujourd’hui. On en était restées à la chanson de Sardou « Des années 80 », ou celle de Julien Clerc qui clame qu’il noue aime. Mais tout cela date du siècle dernier ! Gouines -Lesbiennes, trompées, délaissées, à poigne qui ne soucient que d’elles-mêmes et de leur pouvoir ; Epouses, concubines, célibataires résignées ; Egocentriques, naïves, drôles, méchantes, névrosées, jalouses, paranoïaques… Toutes sont là, nos copines. Elles sont onze, comme une équipe de mecs. Bourrées ou non de tics et de tocs, capables de la plus formidable humanité comme de la pire bassesse. Une chorale de filles d’aujourd’hui, avec leurs certitudes et leurs doutes. Une chorale d’actrices épatantes. Des rôles sans complaisance comme l’est la vie. La nôtre : celles de filles, femmes, maîtresses, mères. Monotone ou exaltante. Toutes ont relevé le défi, que ce soit pour huit minutes à l’écran, ou davantage. Toutes sont exceptionnelles, et se répondent comme si elles jouaient leur propre rôle dans la vie, nous embarquant dans l’aventure. Toutes sont sublimes, tourmentées, vives, joyeuses, ternes, moches, canailles, malhonnêtes, désespérées, en pleurs ou ivres.

Un film qui donne envie d’être amoureuse d’Alice Taglioni -même si ce qu’elle a à proposer comme schéma de vie n’est pas réjouissant ; de fumer le pétard avec Vanessa Paradis, en dépit de son indifférence et de sa supériorité apparente ; d’être copine avec Géraldine Nakache malgré son survêt informe et ses Birkenstok, qui élève ses quatre enfants a 27 ans auprès d’un mari qui a oublié de regarder sa famille ; de subir les foudres d’Isabelle Adjani, complètement déglinguée et surchargée de bijoux. Elle est dingue et on l’adore.

On accompagne Marina Hands lorsqu’elle devient papillon : sa vindicte sera à la mesure des offenses que son mari lui aura fait endurer quand elle n’était qu’une brave chenille ; on s’émeut du destin de la discrète secrétaire, Alice Belaïdi, qui défend une mère meurtrière, dans la solitude. On verse une larme aux côtés de Sylvie Testud, qui foire tout sauf le pire. On éprouve de la compassion pour Audrey Fleurot, garce frigide, et que dire de Laetitia Casta et de ses maux ! Hilarante et attachante. Quant à Audrey Dana, eh bien, laquelle de nous, aujourd’hui, ne peut s’identifier une seule seconde à son personnage ?

Pas une n’est décevante, chacune concentre un morceau de nous et de nos amies (enfin, celles qui en ont).

La fin est emphatique et invraisemblable, quelques gestes frisent une trivialité dont le film aurait pu se passer, mais sinon les filles : précipitez-vous, courez voir ce film, et ce qui se passe sous nos jupes, osez le formuler, désinhibez-vous !

Entraînez vos amoureu(ses)x !

Merci Audrey, merci à toutes, pour ce panachage de vie au féminin.

La bande annonce même est maligne. Brouille les pistes, bien en-dessous des surprises que révèle ce film malicieux, profond –mine de rien, et surtout : rafraîchissant.

Commenter cet article

CHELLY 11/06/2014 10:07

Bravo Isabelle ! Très joliment défendu, tu m'as fait revenir sur mon opinion trop tranchée sur le film.
Au 16 donc pour en discuter de vive voix;

Kévorkian 11/06/2014 10:17

Avec plaisir ! D'ailleurs tiens : je crois que je vais retourner le voir, histoire de bien rire aux éclats une fois encore, je suis sûre que j'ai raté certaines répliques et attitudes décapantes. Ahhhhhhh ça fait du bien !