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Publié par Isabelle Kévorkian

Ciné : les César 2014

Guillaume Gallienne a mérité les 5 César reçus pour son premier film, même si ce dernier a moins d’ampleur que son spectacle dont il est décliné. Quoiqu’il en soit, jamais dédier un César à sa mère, lors de cette soirée, n’aura fait autant sens. « Suzanne » récompensé : Adèle Haenel, une actrice émergente formidable et généreuse. Sara Forestier, qui a basculé avec ce long métrage dans la catégorie Actrices, aurait mérité davantage de visibilité, comme François Damiens dans un rôle de père démuni et aimant. Un très beau rôle : celui d’un père bien plus présent, attentif et tolérant, porteur d’un amour désintéressé, que bon nombre de pères physiquement et régulièrement « à la maison », auprès de leurs enfants, dont le seul souci est d’afficher un bonheur complaisant de façade, rassurant pour autrui. François Damiens, une sensibilité à fleur de peau. Suzanne, un prénom célébré … par la meilleure actrice de l’année : Sandrine Kiberlain, qui offre sa récompense à sa fille. Prénom inspirant donc. J’avoue que Sandrine Kiberlain est irrésistible dans ce film, « Neuf mois ferme », que par ailleurs j’ai trouvé lourdingue et inutile, même s’agissant de se divertir. Sinon… Un César pour « L’inconnu du lac » est audible. Que ce film figure au palmarès était déjà une sacrée récompense. Un César pour Polanski, bien sûr, récompense le Talent. Un César pour « Adèle… » est un César de trop pour un film et une équipe suffisants. La jeune actrice a su néanmoins, demeurer sobre, à la hauteur de l’enjeu. Après tout, elle est la seule dans l’histoire qui entoure ce film-polémique, à rester fidèle à ce qu’elle est, son choix, sa prestation et à savourer avec fraîcheur ce qui lui arrive. Ce trophée lui correspond et loue sa sincérité. Par ailleurs, elle avait ravalé sa morve dégoûtante. Après, que dire ? Une cérémonie plate, terne et consensuelle, sans fond, sans humour, sans finesse, sans élégance, en dépits des quelques mots savoureux de Zabou Breitman et d’un Pierre Niney qui s’impose, peu à peu. Les caméras fixées, par petites touches régulières et prononcées, sur Julie Gayet, PRESENTE, se montraient envahissantes et hors sujet. Niels Arestrup, fort justement primé pour « Quai d’Orsay », un film intelligent, avec des acteurs grandiloquents à l’image des papiers qui volent dans les ministères et de cet air technocratique brassé avec virtuosité.

Trois César à ne pas passer sous silence : « Sur le chemin de l’école » (Pascal Plisson, docu sur la lutte pour l’éducation), « Alabama Monroe » (film étranger de Félix Van Groeningen : l’amour indissociable de la musique), « Avant que de tout perdre » (Xavier Legrand, court-métrage sur la maltraitance faite aux femmes).

Une question pourtant : Quand et qui saura renouveler une cérémonie qui célèbre le cinéma, le 7ème art et l’émotion qu’il procure, et faire évoluer cette soirée à l’image de son époque, en faire un rendez-vous que l’on soit, tous, fiers et avides de suivre ? Les films reflètent les causes sociétales, la réalisation est moderne, parfois périlleuse. Le cinéma Français est audacieux. Seule la cérémonie qui en assure la synthèse annuelle, demeure réac’ et conservatrice. A méditer ?

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