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Publié par isabelle kévorkian

Grand Prix Cinéma ELLE 2013 : "Tel Père, Tel Fils"

« Tel Père, Tel Fils », Hirokazu Kore-Eda (2h)

Avec Masaharu Fukuyama, Machiko Ono, Lily Franky…

Deux familles que tout oppose apprennent que leur fils a été échangé à la naissance. Le fils qu’elles ont élevé six années n’est pas le leur. Comment appréhender cet événement ? Quel fils doivent-elles aimer à présent ? L'enfant biologique, parfait inconnu, ou celui qui est devenu leur enfant après six ans d’amour désintéressé et d’éducation, de valeurs. Il y a la famille riche, qui vit dans un appartement semblable à une chambre d’hôtel. Le sang ne coule pas dans les veines de cette famille-là, monoparentale, monochrome et monotone. Comme le tic-tac du métronome sur le piano. Le père ne vit que pour travailler et réussir, délaissant femme et fils. Il y a l’autre famille, qui tient un petit commerce, qui a deux autres enfants. Le père répare les jouets cassés, joue au cerf-volant avec ses enfants, se baigne le soir avec eux. C’est chaleureux. L’histoire met du temps à s’installer au son des Variations Goldberg de Bach jouées par Glenn Gould. De sorte que d’emblée, on est immergés dans la discipline, l’austérité, le souci de perfection de la première famille, au détriment des sentiments. A l’annonce, le père de la première famille formule ce lapidaire : « Tout s’explique donc ! ». Parce que son fils n’a pas sa rigueur, sa ténacité, sa volonté. Il veut jouer, s’épanouir, partager. Tandis que dans l’autre famille, il y a une réflexion sur la procrastination qui rappelle celle de Zabou Breitman dans « Le premier jour du reste de ta vie ». Le père de la famille aisée est prêt à payer pour obtenir la garde des deux fils. Mais cela est impossible. L’amour ne s’achète pas. Tristement banal. Et si l’autre famille remportait cette « bataille » cruelle et incongrue ? Et si l’autre famille « remportait » l’amour de ces deux fils ?

Il est question de liens du sang, de certitudes qui s’effondrent, de regrets et remords, de choix de vies. Le père de la famille aisée, absent, incolore et inodore, devait-il affronter cette annonce pour se révéler être un « papa » ? Ça m’a rappelé « La vie est un long fleuve tranquille » transposé en drame dans un Japon aseptisé, où la pudeur prime. Les jeux d’acteurs et les images sont déchirants. L’histoire s’inspire du boom des naissances dans les années 1960 au Japon, pour autant il ne prend appui sur aucun fait divers. Que ferions-nous, à la place de ces familles ? Aucune réponse, aucun dogme, aucun repère. L’amour filial s’apprend, et chacun a sa méthode pour y parvenir.

Sortie le 24 décembre.

www.elle.fr

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