Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 14:44

1915 : 4.000 Arméniens sauvés par la Marine

25 janvier 2012 / Le Télégramme

Georges Kévorkian, comme son nom l'indique, est d'origine arménienne. Ce retraité brestois a sorti de l'oubli une opération d'évacuation menée par la Marine française. Plus de 4.000 Arméniens, encerclés par les troupes turques, ont été sauvés.

Georges Kévorkian a accueilli avec soulagement le vote des sénateurs français sur la proposition de loi pénalisant la négation du génocide arménien. «Mon père, qui était chef de gare en Turquie, est arrivé en France en 1923. Il était francophone. Dans la famille, on n'évoquait que très peu le génocide. Peut-être parce que nous habitions à Cogolin, en Provence, à l'écart des importantes communautés arméniennes». Les pages sombres de l'histoire de son peuple, Georges Kévorkian va en prendre conscience dans les archives du service historique de la Défense, à Brest. «J'avais entendu parler d'une opération de sauvetage de plus de 4.000 personnes, au sud-est de la Turquie, près de l'actuelle frontière syrienne. J'ai simplement voulu en savoir plus». Et du coup, il en a fait un livre (lire ci-contre). L'ancien ingénieur de DCN ne se doute pas qu'il va lever le voile sur un épisode glorieux de la Marine nationale française. Peut-être une des premières évacuations humanitaires de l'Histoire à laquelle ont participé de très nombreux marins bretons. «À cette époque, ils étaient légion sur les bateaux de guerre», poursuit le retraité brestois.

Sous le feu de l'armée turque

Tout a commencé le 5septembre 1915. Des soldats embarqués sur le croiseur Guichen, qui participe au blocus des côtes de la Turquie, pays allié des Allemands, distinguent, sur la côte, un grand carré blanc à croix rouge. Ordre est donné d'aller voir à terre ce dont il s'agit. Un émissaire arménien est hissé à bord. Il explique que plus de 4.000 enfants, femmes et vieillards, entourés par700 combattants, sont terrés sur le Mont Moïse. Et attaqués par les troupes turques. La situation est critique. Les réfugiés devront leur salut à l'amiral Darrieus, commandant de la 2edivision de la 3e escadre de la Méditerranée qui, sans pouvoir en référer à Paris (le télégramme expédié arrivera trop tard), prendra la décision de leur venir en aide. «Leur évacuation s'imposait, écrira-t-il plus tard. Le temps nécessaire à toute autre solution faisait défaut». Quatre autres bâtiments arriveront sur les lieux. Le temps presse. Les combattants arméniens commencent à manquer de munitions. Bientôt, ils ne pourront plus contenir les Turcs. Le12septembre, les opérations d'évacuation débutent dans des conditions difficiles. Les vagues, qui atteignent deux mètres, écartent d'emblée toute participation des petites embarcations. Sur la plage, des marins aident les femmes et les enfants à embarquer tandis que des fusiliers marins sécurisent la zone.

Henri Argouac'h, courageux Brestois

Georges Kévorkian a retrouvé un passage qui en dit long sur les risques pris par les marins français ce jour-là. Récit consigné dans les «Gloires sportives de l'Ouest», de 1935. HenriArgouac'h, un maître fourrier originaire de Brest, demande à prendre le commandement d'une équipe de sauveteurs. «Il approche du mieux qu'il le peut de la côte, mouille l'ancre de son radeau et malgré les balles des Turcs que ce manège exaspère, il commence le sauvetage. À chaque voyage, le radeau transporte vers le croiseur une trentaine de personnes. Mais la mer se met de la partie, enlevant, à chaque fois, quelques Arméniens. Alors, Argouac'h plonge, repêche les naufragés. Il ne semble plus avoir qu'une fonction: sauver de la noyade ces femmes, ces enfants et ces vieillards qu'il vient d'arracher aux Turcs». Les opérations dureront seizeheures. Et Argouac'h sauvera des flots une cinquantaine de personnes. Ce héros inconnu mourra à Brest, en 1965. Chypre ayant refusé d'accueillir les réfugiés, les navires français mettent le cap sur PortSaïd, en Égypte, où les Arméniens seront désormais en sécurité. Georges Kévorkian est aujourd'hui vice-président de l'association d'amitiés arméno-bretonnes Menez-Ararat qui, en 2009, a fait sceller, à Beuzec-Cap-Sizun (29), une plaque commémorative à la mémoire des victimes du génocide arménien. «J'espère à présent que les Turcs accepteront de le reconnaître. Il est grand temps de crever cet abcès pour que l'on puisse avancer...».

Didier Déniel

 http://www.letelegramme.com/ig/generales/regions/bretagne/1915-4-000-armeniens-sauves-par-la-marine-25-01-2012-1577039.php

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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 14:42

Perros-Guirec (22)

23 janvier 2012 / Le Télégramme

 

A l'occasion du 70e anniversaire du naufrage du sous-marin Surcouf, l'association «Aux marins» part à la recherche de la famille d'un certain Marcel Le Dantec, mort pour la France. Un jeune Perrosien né le 6 juin 1921...

 Georges Kévorkian est sur le pied de guerre. Pilote de la commission historique de l'association «Aux Marins» qui se charge de perpétuer le souvenir des militaires péris en mer, ce Brestois, spécialiste des abysses (*), lance un avis de recherche. Et pas n'importe lequel. Avant la commémoration du 18mai, à Plougonvelin (Finistère), le bénévole et ses amis espèrent retrouver la famille de Marcel Alexandre LeDantec. Un Perrosien «mort pour la France» voici bientôt 70 ans et qui pourrait, si ses éventuels proches s'en accordent, voir son nom inscrit au cénotaphe de la Pointe Saint-Mathieu, «au même titre que ses 130compagnons (127 Français, trois Anglais) disparus à bord du Surcouf, le 19février1942». «Le quartier-maître mécanicien Le Dantec n'était pas à bord quand le croiseur sous-marin Surcouf a sombré», relate Georges Kévorkian. «Peu de temps avant le drame, il avait été débarqué aux Bermudes. Il était malade, probablement le typhus. Selon nos sources, il s'est vraisemblablement éteint à l'hôpital le 3mars1942».

Concours de circonstances

Un concours de circonstances qui ne saurait le désolidariser plus longtemps du reste de l'équipage, estime l'association. Encore faut-il qu'un parent réponde présent à l'appel de la mémoire. Une mémoire en l'occurrence bien maigre. Du jeune Le Dantec, Georges Kévorkian sait peu de chose. Si ce n'est ce que veut bien en dire son extrait d'état civil où l'on apprend que le marin est né à Perros-Guirec le 6 juin1921, à 5h du matin, de l'union de Fernand et Valentine Le Dantec, ses parents marin de commerce et ménagère.

Sous l'uniforme de la Navy

Présent dans les registres de la Royal Navy, dixit Georges Kévorkian, on sait aussi de Le Dantec qu'il avait rejoint les Forces navales françaises libres (FNFL) et qu'il servait sur un bâtiment singulier. Singulier, parce que le Surcouf était, à l'époque, le plus grand sous-marin du monde (110m de long pour 4.218t en plongée). Singulier parce que le Surcouf demeurait un exemplaire unique. Singulier, enfin, parce que le Surcouf a appareillé en 1940 de Brest pour Plymouth afin d'«éviter d'être capturé par les Allemands». Mais sorti de ces quelques lignes, guère plus d'éléments biographiques à rajouter à cette page d'Histoire. En attendant d'éventuelles nouvelles, Georges Kévorkian précise le scénario funeste qui engloutira le fleuron de la marine française: selon la thèse américaine, le Surcouf aurait été abordé puis coulé accidentellement dans le golfe du Mexique, par le cargo américain «Thomson-Lykes». Une autre thèse, prise très au sérieux par l'association, voudrait que le Surcouf, qui repose par 3.000m de fond, ait été coulé par méprise par des avions américains, l'US Air Force l'ayant confondu avec un sous-marin allemand.

Arnaud Morvan

http://letelegramme.com/local/cotes-d-armor/lannion-paimpol/perrosguirec/perrosguirec/perros-guirec-22-avis-de-recherche-70-ans-apres-le-naufrage-du-surcouf-23-01-2012-1572571.php


* Auteur de l'ouvrage «Accidents des sous-marins français 1945-1983», éd Marines éditions.

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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 20:42

La rare élégance de Joyce Carol Oates

Un récit cruel et courageux où JCO se dévoile veuve et femme démunie.

JCO a beau être un mythe, elle n’en est pas moins une femme banale : l’épouse de Raymond J. Smith, fondateur de l’Ontario Review, une revue littéraire de référence. « Il est vrai que Ray a été le premier homme de ma vie, le dernier homme, le seul… ». Joyce Smith, la femme d’un seul homme. Au décès brutal de son époux, avec lequel elle a partagé près de cinquante ans de son existence et une passion commune pour la littérature, elle perd l’homme de sa vie. Et bien davantage : des valeurs d’honneur, de fidélité, de loyauté, une estime réciproque, une pudeur et une délicieuse intimité mêlées. Tout ceci s’effondre sans qu’elle y soit préparée. Son défi, alors, sera de donner un sens nouveau à son existence. Elle met son courage et sa force de caractère au service de cet engagement envers la vie, pour survivre avec honneur à son époux, demeurer Joyce Carole Oates et ne pas trahir ses lecteurs.

Avec « J’ai réussi à rester en vie », elle livre un récit touchant et intime, assez éloigné de ses romans et de son style, un récit cruel et courageux, sincère et rude, dans lequel elle se dévoile veuve, femme et auteur démunie : « Peut-être un symptôme du chagrin. Peut-être une sorte de fissure neurologique dans le cerveau. A cela s’entremêlent des bouts de chansons, des bribes de poèmes, de musique, des voix à demi entendues… Jamais je ne me suis sentie aussi « inspirée » -et en même temps aussi déprimée, épuisée ; je n’ai même pas l’énergie de noter ces idées, sans parler de réfléchir aux manières de leur donner forme. »  On la suit pas à pas reconstruire sa vie, aménager de nouvelles habitudes, développer des « stratagèmes de survie ». Seule, ou accompagnée d’amitiés vaillantes. Jusqu’au moment où, tel un enfant qui fait ses premiers pas, s’élançant vers l’avenir, elle parvient à dormir sans somnifère, se posant néanmoins cette question redoutable : « Suis-je en train d’abandonner Ray ? –que m’arrive-t-il … ». La grande force de ce récit tient au fait que plus on progresse dans sa lecture, plus on croit lire une œuvre de fiction. Avec cette conclusion culminante, propre au thriller. Aucun doute : Joyce Carole Oates est une délicate amoureuse.

J’ai réussi à rester en vie, Joyce Carole Oates, éditions Philippe Rey, 24€, 475p.

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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 20:38

Les côtes de Beaune

Le portrait d’un gros répugnant qui nous met pourtant un coup à l’estomac.

 

Alexandre Petit est un type cruel et cynique. Il n’aime rien ni personne. Un être glauque et terrifiant auquel on espère échapper toute notre vie. Il s’exprime ainsi, qualifiant les bénévoles qu’il encadre aux Restos du Coeur : « Ce sont pour la plupart des gens de gauche voire d’extrême gauche à la retraite, qui considèrent l’absence de réflexion, la gentillesse et l’amour du prochain comme solutions à tout problème. » A propos d’un groupe de junkies qu’il côtoie : « Une des femelles parle d’ouvrir une boutique de tatouages, une boutique « légale » : rêves minuscules, pathétiques. Pourquoi pas une boutique de souvenirs punks du temps où ils étaient zombies, pourquoi pas une épicerie de croquettes pour chiens bio ? Ils ont envie de sauver le monde : alors qu’ils disparaissent, qu’ils prennent leurs responsabilités ! ». Ou encore : « En France il se vend en moyenne plus de Kebabs que de pizzas ! Les Turcs attirent les affamés tels les étrons les mouches. D’ailleurs ces gros blocs de chair n’en ont-ils pas la forme ? Le peuple turc nous doit des excuses publiques. Y a-t-il plus bête que cette cuisine omnivore ? Plus inconvenant que ces déchets de viande réinsérés dans la chaîne de la vie ? (...) Pour tout cela, le peuple turc entier et les Grecs avec eux (que reste-t-il de Platon, de Sophocle, d’Aristote ?!) devraient être reconduits à la frontière. »

Tout commence par un article paru dans Le Progrès de Lyon, un fait-divers sur le décès d’Elsa. Noyade dans sa baignoire ? Meurtre ? D’emblée un doute s’instille : Alexandre Petit est-il le meurtrier ? Il a passé avec Elsa sa dernière soirée et depuis, demeure introuvable ? Pourtant, cet Alexandre Petit, trentenaire qui habite chez sa mère est un modèle de vertu, un vieux garçon sans histoire qui s’accommode d’une existence médiocre. Est-il trop délicat pour être honnête ? Inspire-t-il une forme de pitié ? « Non je ne suis pas né juif, arménien, ou je ne sais quoi : je suis né vieux, vieux français » Il se terre comme un rat, s’encanaille et se mêle aux punks misérables qui hantent les rues de Lyon avec leurs gros chiens. Il erre et commence un journal. Le journal de l’Ange noir. Son langage se fait cru et désordonné. Le malaise grossit et l’on quitte ce roman avec un goût âcre, une vieille odeur de Kro dans les cheveux collés par la crasse et le vomi. Cet ange noir nous a entraîné dans son cauchemar.  

 

Un ange noir, François Beaune, Verticales, 17,90€, 277 pages

 

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Vendredi 30 décembre 2011 5 30 /12 /Déc /2011 14:30

Le Point.fr - Publié le 27/12/2011 à 11:42 - Modifié le 27/12/2011 à 13:05

Interview de mon père, à lire sur le site du point :

http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/jean-guisnel/quand-la-marine-nationale-volait-au-secours-des-armeniens-27-12-2011-1412777_53.php

 

 

 

En 1909 et en 1915, la marine française a sauvé des milliers d'Arméniens persécutés en Turquie. Georges Kevorkian a consacré un livre à ces interventions.

On le sait peu, mais à deux reprises au début du XXe siècle, des milliers d'Arméniens ne durent leur salut qu'à des interventions musclées de la marine nationale française. Passionné par ces épisodes, Georges Kévorkian a enquêté dans les archives historiques du ministère de la Défense et auprès des descendants des marins ayant participé à ces opérations pour en faire un livre*. Entretien.

Le Point : En avril 1909, Stéphen Pichon et Marie-Georges Picquart, respectivement ministre des Affaires étrangères et ministre de la Guerre du gouvernement Clemenceau, décident d'envoyer plusieurs navires au secours des Arméniens de Cilicie sauvagement réprimés par les Turcs. Pouvez-vous nous rappeler le contexte historique de cette intervention ?

Georges Kévorkian : Les Jeunes-Turcs au pouvoir depuis 1908 ont promulgué une Constitution qui introduit des réformes de progrès et une orientation plus tolérante des rapports entre les différentes communautés de l'Empire ottoman, notamment entre les Arméniens chrétiens et les Turcs musulmans. Les Arméniens adhèrent à ce programme. Mais parmi ces Jeunes-Turcs, les nationalistes les plus radicaux rejettent les "infidèles". Les Arméniens sont accusés de menées autonomistes en Cilicie. À la mi-avril 1909, des heurts entre les communautés déclenchent des représailles de la part des Turcs. Tous les chrétiens sont visés. Les puissances occidentales sont averties de massacres dont sont principalement victimes les Arméniens ; elles craignent pour leurs ressortissants et leurs représentants consulaires. Du côté français, on craint aussi pour la vie des jésuites et des soeurs de Saint-Joseph-de-Lyon. Une force navale de plusieurs pays est alors dépêchée.

À quelles opérations ces navires français seront-ils affectés et en quoi aideront-elles les Arméniens ?

Le contre-amiral Louis Pivet, commandant l'escadre légère de Méditerranée à bord du croiseur cuirassé Jules Ferry, reçoit l'ordre d'appareiller pour cette région. Outre le Jules Ferry, son escadre, comprenant le cuirassé d'escadre Vérité ainsi que les croiseurs cuirassés Victor Hugo et Jules Michelet, se met en route pour arriver en bordure du golfe d'Alexandrette le 23 avril 1909. Les marins français constatent que tout le quartier arménien d'Adana est en feu ; il en est de même des habitations chrétiennes des localités proches. Les réfugiés chrétiens sont protégés avec le concours d'unités navales européennes (croiseur anglais Diana, croiseur italien Piemonte, croiseur allemand Hambourg...). Le 27 avril, le paquebot français Niger, réquisitionné, embarque 2 200 chrétiens (en majorité des Arméniens) de la baie de Bazit. Le Jules Ferry embarque, le même jour, 1 450 réfugiés, dont deux tiers de femmes et d'enfants. Quant au Jules Michelet, il protège par sa présence des chrétiens réfugiés en bordure de mer, en baie de Kessab. Le calme revenu, après concertation avec les autorités ottomanes, les réfugiés rescapés reviennent dans leurs quartiers dévastés ; cependant, certains quitteront pour toujours le pays.

En 1915, des Arméniens de la région du mont Moïse, sur le golfe d'Alexandrette (aujourd'hui Iskenderun), sont acculés par les Turcs. Leur salut viendra de la mer et de la marine française. Pourquoi est-elle intervenue ?

Fin octobre 1914, l'Empire ottoman se joint aux forces allemandes et autrichiennes (Empires centraux) pour combattre le bloc des pays de l'Entente (Grande-Bretagne, France et Russie). C'est ce qu'on a appelé le "théâtre oriental" de la Grande Guerre. En septembre 1915, la 3e escadre de la flotte de combat française en Méditerranée, aux ordres de l'amiral Gabriel Darrieus (qui vient de prendre le relais de l'amiral Louis Dartige du Fournet devenant chef de l'armée navale en Méditerranée), patrouille le long des côtes de Syrie, proches du golfe d'Alexandrette et du mont Moïse (Musa Dagh). Le 10 septembre, le croiseur Guichen aperçoit des groupes d'hommes descendant de la montagne vers la plage : plusieurs milliers d'Arméniens acculés à la mer fuient la barbarie des Turcs qui les pourchassent pour les déporter (la mort leur étant promise), en application du crime "génocidaire" décidé par les autorités ottomanes. Ils brandissent un pavillon de la Croix-Rouge, des pavillons français, et (dit-on) un drap sur lequel a été dessinée la croix du Christ. La décision est prise par l'amiral Dartige du Fournet, avant de quitter son escadre : "Il faut sauver ces Arméniens chrétiens (combattants, femmes, enfants, vieillards) du joug des bachi-bouzouks, les Turcs, nos ennemis."

Dans quelles conditions cette opération de sauvetage de grande ampleur s'est-elle déroulée ? Quel en fut le bilan ?

L'accord demandé aux autorités françaises de Paris tarde à venir, mais l'organisation du secours est bien en place et sera exécutée par l'amiral Darrieus du 11 au 13 septembre. Au total, le nombre d'Arméniens sauvés par cette opération navale s'élève, très exactement, à 4 092, dont 8 blessés, répartis comme suit : le croiseur cuirassé amiral Charner : 347, le croiseur cuirassé Desaix : 303, le croiseur de 3e classe D'Estrées : 459, le croiseur auxiliaire Foudre : 1 042, le croiseur de 1re classe Guichen : 1 941. Ces réfugiés vont être placés dans des camps situés à proximité de Port-Saïd, grâce à l'accord des autorités anglaises qui les accueillent le 14 septembre. Parmi ces réfugiés se trouvent des combattants dont certains rejoindront la légion arménienne du général français Julien Dufieux, en 1920.

Ces épisodes de l'histoire navale de la France sont peu connus. Sont-ils commémorés avec une intensité suffisante, à vos yeux ?

Ils sont connus par la plupart des Arméniens, grâce notamment au roman Les 40 jours de Musa Dagh de Franz Werfel, paru en 1934. D'autres ouvrages évoquent ces événements et les actes héroïques des marins français. Les mémoires des amiraux des escadres du Levant en font état. Ce qu'on doit retenir des écrits de ces derniers, c'est le décalage entre leurs actions de protection des chrétiens d'Orient et le recul (pour ne pas dire l'abandon) de la diplomatie française en 1922 et 1923 (désastreux traité de Lausanne). La France n'est plus dès lors "protectrice des chrétiens d'Orient". La sortie de mon ouvrage a favorisé plusieurs commémorations. Le 5 mai 2010, un hommage a été rendu devant la tombe de l'amiral Dartige du Fournet à Saint-Chamassy (Dordogne) en présence du maire du village, du sous-préfet de la Dordogne et de descendants d'Arméniens sauvés du mont Moïse. Le 15 octobre 2010, à Toulon, une cérémonie d'hommage a été rendue à la marine française par le secrétaire d'État aux Anciens Combattants M. Hubert Falco, maire de Toulon, en présence de l'ambassadeur d'Arménie en France et d'autorités civiles et militaires, dont le préfet maritime. Une plaque est posée au musée de la Marine, près de l'Arsenal maritime.

La flotte française au secours des Arméniens (1909-1915), Georges Kévorkian, Marines éditions, 127 pages, 23,20 €.

 

Par isabelle kévorkian - Publié dans : Actualité - Communauté : over-blog
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Samedi 19 novembre 2011 6 19 /11 /Nov /2011 12:44

La Cigale et l’hippocampe

 

Le journal d’un égaré qui se ressource en faisant du surf dans les Landes.

 

Est-il possible qu’une Cigale et qu’un hippocampe puissent s’accommoder ? C’est ce que va nous dévoiler pudiquement Félix dans son journal de l’année. Trois cent soixante-cinq jours de la vie d’un hippocampe, « l’être vivant le plus lent du monde  (...) Sans oublier qu’il peut rester des heures immobiles ». Félix, tourmenté et révolté, journaliste et reporter, fourbu par la vie, lâche tout pour s’installer dans une petite station balnéaire des Landes. « Je n’ai pas de mal à expliquer ce besoin de sédentarisation ». Il éprouve un élan vital de conformisme et d’amour auprès de Cigale, une « fille le rend à lui-même ». Ses errances le rendent attachant et mystérieux. Quelle est cette décision qu’il prendra le 31 décembre à minuit ? …

Pour se repérer dans ce roman sans numérotation de pages, il convient de se reporter à la date inscrite en haut de page –la date du journal de « L’année de l’hippocampe », et au choix du disque quotidien. Puisque tel est le parti pris narratif. Car « tout ceci ne peut se raconter qu’en compagnie de musiques désespérées et mélancoliques, ou alors traversées par l’électricité la plus diabolique », explique Félix. Il ajoute : « Ce côté cyclothymique chez moi a quelque chose d’exaspérant, car vivre est difficile, mais vivre avec soi l’est encore plus ». Son journal de bord, sa passion du surf, son meilleur ami et un petit garçon nommé Aloïs, sauront-ils l’apaiser ? Un roman sincère et généreux sur l’amitié, l’amour, les névroses, le deuil au sens propre comme au figuré.

 

L’année de l’hippocampe de Jérôme Lafargue, Quidam éditeur, 19€ (365 jours...)

Par isabelle kévorkian - Publié dans : Presse - Communauté : Passion et amour
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Dimanche 13 novembre 2011 7 13 /11 /Nov /2011 09:38

Mon boss littéraire, François Cérésa (je pige pour « Service Littéraire », le magazine libertaire qu’il a fondé en 2007 et qu’il dirige) est un type cynique et impertinent. Brusque parfois. Déjà à l’adolescence : « Quand elle a comparé les étoiles aux yeux des dieux, la mer aux larmes et la pluie à leurs baisers, j’ai trouvé ça niais », écrit-il dans son nouveau roman « Sugar Puffs ».

Provoquant, il fait évoluer son magazine avec photos et couleurs tandis qu’au cinéma le cinéma muet en noir et blanc cartonne !

Ecrivain subtil, classique et audacieux, plusieurs fois primé, défrayant les critiques. Il a imaginé une suite aux « Misérables » de Victor Hugo avec « Cosette ou le temps des illusions » et « Marius ou le fugitif » qui lui a valu un procès gagné ;  Il a réécrit les « Dix petits nègres » d’Agatha Christie situant l’action dans un immeuble de dix voisins dans « Petit papa noël ». Il est reconnu comme héritier vertueux de Céline ou de Proust, de Fitzgerald notamment avec son tendre roman : « Les Moustaches de Staline ».

Gastronome notoire également : suivez ses conseils dans « Le roman de la Bourgogne » ou « Le petit roman de la gastronomie » récemment couronné du prix Archestrate, sous le haut patronage du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation ainsi que du Ministère de la Culture et de la Communication. Vos papilles se réjouiront !

Mais au-delà du culot et de l’éclectisme, François Cérésa n’est rien d’autre qu’un Sugar Puffs sucré et mielleux. « Il n’est pas difficile d’être aimable, j’ai compris cela sur le tard », avoue-t-il, toujours dans son nouveau roman sensible et nostalgique. Il poursuit : « Un jour, un vieil amis niçois m’a dit qu’il fallait se persuade d’être de bonne humeur dès le saut du lit pour m’être toute la journée. »

Je songe à Louis Nucéra, sa poésie et son romantisme un peu désuet, car il y a de cela dans les romans de François Cérésa.

« J’aurais dû profiter un peu plus du passé ». Dans son dernier opus, il en profite de son passé et nous y entraîne avec délice. En dépit de toutes les références littéraires, cinématographiques, picturales qu’il sème avec talent et qui élèvent un peu, son roman n’est pas lourd : il nous illumine, comme si nous aussi nous sortions désormais de l’enfance puis de l’adolescence –puisque tel est le sujet de « Sugar Puffs ». C’est léger et doux, sincère. « La réalité, selon elle, ne se trouvait pas dans les romans. Chacun son expérience, chacun sa douleur. Les choses vraies, c’est la vie. La vérité, c’est la douleur. Le reste, c’est du baratin ».

Bref, ce roman-là est celui de notre entrée dans la vie, de nos souvenirs, de nos souffrances dépassées, de nos premiers émois, de notre liberté gagnée. Il nous rajeunit et ça fait du bien.

Sugar Puffs, François Cérésa, éditions Fayard, 18,90 », 289 pages.

Par isabelle kévorkian - Publié dans : Actualité - Communauté : over-blog
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  • isabelle kévorkian
  • Isabelle Kevorkian
  • Femme
  • 15/02/1968
  • bretagne PACA nice brest cannes
  • musique cinéma lecture curieuse écriture
  • Née à Toulon. Etudes dans les Hauts-de-Seine (Neuily, Rueil). Carrière dans l'événementiel sportif (golf, basket) puis au sein du groupe La Poste. Directrice de la communication, écrivain, critique littéraire, pianiste.

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